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  • Affaire Hampshire : deux viols, aucune prison — le jugement qui scandalise le Royaume-Uni

    Affaire Hampshire : deux viols, aucune prison — le jugement qui scandalise le Royaume-Uni

    Au moment où cet article est publié, le cas du viol de deux jeunes filles (14 ans et 15 ans) en 2024 et 2025 à Hampshire (Sud de l’Angleterre) par deux garçons eux-mêmes âgés de 13 et 14 ans au moment des faits horrifie le Royaume-Uni et agite les réseaux sociaux. La violence des faits, leur préméditation, leur répétition à quelques mois d’intervalle, l’âge des victimes et des agresseurs : tout concourt à choquer l’opinion publique dans une société connue pour sa retenue.

    Au-delà de l’horreur des faits, c’est également la décision du juge (Nicholas Rowland) en charge de l’affaire qui révolte et consterne. Ce dernier, malgré des preuves exceptionnellement accablantes, a trouvé pléthore de motifs pour ne pas appliquer de peines lourdes aux agresseurs pourtant reconnus coupables. Ces derniers ne reçoivent que des sanctions légères et aucune incarcération. Difficile de ne pas voir dans cette décision une forme de célébration juridique — littérale — de la culture du viol et d’un patriarcat niant le droit des femmes à se sentir en sécurité.


    Résumé des faits

    • Deux garçons (assistés d’un troisième) de 13-14 ans ont violé deux adolescentes de 14 et 15 ans lors de deux attaques séparées en novembre 2024 et janvier 2025. Les agresseurs ont filmé chaque agression. Les victimes ne se connaissaient pas.
    • Condamnés en mars 2026 après cinq semaines de procès, les agresseurs ont reçu comme peine de simples ordonnances de réhabilitation communautaire (YRO) de 18 mois à 3 ans. Aucune détention, et ce malgré onze chefs d’inculpation.
    • Face au tollé national, le procureur général a saisi la Cour d’appel pour révision (actuellement en cours).

    Une application inadaptée aux circonstances des principes de la justice des jeunes du Royaume-Uni

    Si les sanctions décidées par le juge Nicholas Rowland s’inscrivent dans la tendance de la justice des jeunes au Royaume-Uni, c’est leur inadaptation à la gravité des faits et la quasi-négation de la souffrance des victimes qui rendent cette décision consternante et problématique.

    Le droit et la jurisprudence au Royaume-Uni tendent à considérer que l’incarcération des mineurs ne doit être utilisée qu’en dernier recours. Cette position est cohérente pour les infractions et délits de faible gravité. D’après les statistiques disponibles, l’incarcération des jeunes n’est pas un outil efficace de réhabilitation et peut même aggraver les choses (exposition à des délinquants plus endurcis, rupture des liens sociaux, taux de récidive, effet de stigmatisation).

    L’application de ce principe est donc cohérente dans des cas de délinquance « légère » — mais totalement inadaptée dans le cadre d’un acte aussi grave qu’un viol. Le juge a ici également ignoré de nombreux cas de la jurisprudence britannique où des agresseurs mineurs ont été condamnés à des peines d’incarcération lourdes.


    Une recherche de circonstances atténuantes

    Le juge Nicholas Rowland a retenu des circonstances qu’il a considérées comme atténuant la responsabilité des accusés, notamment :

    • la pression des pairs
    • un QI inférieur à la moyenne
    • une déficience cognitive légère
    • un syndrome TDAH
    • une compréhension limitée de la notion de consentement

    La prise en compte de ces éléments est non seulement insultante pour les victimes, mais décrédibilise également la notion de justice sociale.


    Les principales problématiques que génère ce jugement

    1. Le point focal est déporté du dommage subi par les victimes (à vie pour les dommages psychologiques) pour être fixé sur le bien-être futur des agresseurs.
    2. L’importance des dommages subis par les victimes est minimisée.
    3. Des principes généraux, conçus pour des infractions ordinaires, sont appliqués à une situation d’une exceptionnelle gravité.
    4. La rhétorique adoptée par le juge est particulièrement dérangeante, montrant presque une forme de bienveillance à l’égard des accusés, comme en témoignent certaines remarques (« personne ne doit aller en prison aujourd’hui »), ou le fait de féliciter les agresseurs de leur bon comportement durant la procédure.

    Une décision symptomatique d’un système juridique empreint de patriarcat et de culture du viol

    Difficile de ne pas voir dans ce jugement une prise de position patriarcale où les rôles sont inversés et où l’agresseur masculin est quasiment traité comme une victime. On peut également se demander si, dans une situation identique, une juge femme aurait prononcé la même sentence.

    Un discours cherchant à trouver des justifications pour déresponsabiliser les auteurs d’agressions sexuelles est typique de la culture du viol largement répandue dans les sociétés occidentales contemporaines. Cette culture crée un environnement social et culturel dans lequel les agressions sexuelles sont normalisées, minimisées ou implicitement tolérées. Dans le domaine juridique, elle conduit à des décisions totalement déconnectées des principes d’égalité des genres censés régir nos sociétés.


    Un choix d’un juge disposant d’autres options

    Le caractère exceptionnel des circonstances permettait au juge de s’affranchir des principes conventionnels de la justice des jeunes. Il a, malgré cela, pris la décision d’appliquer des principes particulièrement cléments et peu contraignants à l’égard des accusés.

    Il aurait ainsi pu imposer des sanctions dures sur la base de circonstances aggravantes telles que :

    • l’utilisation d’un couteau pour contraindre une des victimes
    • le filmage des agressions
    • la récidive
    • la préméditation et la planification de l’agression

    C’est bien là tout le problème de cette décision. Le juge avait la possibilité d’offrir une forme d’apaisement aux victimes par le biais d’une justice sociale, mais semble avoir fait le choix de protéger les agresseurs.


    Un impact sociétal considérable si la décision est avalisée par la cour d’appel

    Contrairement à ce qui est souvent supposé, le droit pénal est conçu afin de protéger l’ordre public et les intérêts de la société. La réparation du dommage de la victime et la « punition » de l’accusé sont des objectifs secondaires. Au niveau sociétal, la décision d’un juge n’est donc pas neutre : elle traduit la position de l’ensemble des institutions face à l’acte commis.

    La justice peut donc :

    • soit insister sur la gravité des agressions et acter en vue de les éradiquer,
    • soit en banaliser la gravité, en suggérant qu’elles constituent des incidents à l’impact limité.

    Les conséquences d’un tel jugement dépassent donc largement la justice individuelle et la restauration d’une forme de sécurité par chacune des victimes. Cette décision envoie un message clair aux agresseurs sexuels potentiels : dans notre société, un viol n’est pas un acte grave, et le commettre n’expose l’agresseur qu’à des conséquences modérées — dans les rares cas où le viol est déclaré. Une impunité d’autant plus grande pour les agresseurs mineurs, qui représentent un agresseur sexuel sur cinq.

    Au niveau des victimes, cette décision occulte la gravité du dommage qu’elles ont subi et remet davantage en question la pertinence de déclarer le viol. Dans ce contexte, pourquoi s’infliger une procédure longue et douloureuse, revivre cette agression traumatique, si le résultat est qu’aucune mesure réelle n’est prise ?

    Il y a dans cette décision une confusion totale concernant la problématique à adresser. L’élément perturbateur déstabilisant l’ordre public est l’agression sexuelle — le viol —, et non sa déclaration par la victime. Des sanctions fermes dans le cas d’agressions sexuelles doivent être mises en place afin d’envoyer un message fort tant aux agresseurs sexuels potentiels qu’aux victimes.


    Conclusion

    Aucune explication, que ce soit d’un point de vue individuel ou collectif, ne justifie cette décision alarmante empreinte de sexisme sous couvert de respect des règles en vigueur. Un tel jugement est extrêmement dangereux à l’échelle d’une société car il banalise la gravité du viol et des agressions sexuelles, et les présente comme des « erreurs de jeunesse » qui devraient à ce titre être excusées. Il atténue l’impact sur la vie des victimes, mais également l’importance de la sécurité de toutes les femmes, victimes potentielles de ces agressions. Le viol n’a tout simplement pas sa place dans une société se voulant civilisée, et ce quel que soit l’âge des agresseurs.

    Le cas a été renvoyé devant la cour d’appel par Richard Hermer, l’avocat général de l’Angleterre et du pays de Galles, et nous espérons que la sentence sera révisée et alourdie proportionnellement à la gravité des faits.


    Sources

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